Au moyen-âge, la croyance aux démons est universelle. Les démons sont très nombreux et sont la cause du mal subi par les sociétés.
Freud : "La croyance au diable est un soulagement économique" (diable = mal absolu, incarnation du mal qui fait partie de la doctrine dominante.
C'est la démonologie : traités très nombreux sur l'action du diable.
Malleus Maleficorum (Le marteau des sorcières, 1492, Spranger et Institoris), écrit par deux dominicains de Sélestat. Lu et traduit à plusieurs reprises, constitue le principal pilier de la démonologie du XVIème siècle.
Idée dominante : le diable conspire pour le malheur du monde, et est donc à l'origine des catastrophes (ex : famine) mais aussi de la mortalité du bétail, des épidémies humaines. Le diable provoque aussi la folie (certaines maladies mentales ne sont pas naturelles mais maléfiques).

Le démon agit essentiellement de 5 façons :
> TENTATION : il séduit et encourage les hommes à agir dans le sens du mal. Il ne se présente pas à visage découvert. Le sujet peut être amené à commettre des fautes graves.
> SUGGESTION : induire par tromperie une action comme si elle était voulue. Le sujet croit agir librement, être autonome.
> OBSESSION : assiégement du corps du sujet. Le diable est proche du sujet, qui ressent sa présence. Son corps souffre, ressent sa présence.
> POSSESSION : le diable ne peut pas prendre possession du sujet sans son consentement : il signe le pacte diabolique. Le diable promet quelque chose en échange de l'âme du sujet. Celui-ci devient un sorcier, doué de pouvoirs (magie noire). Celui qui est possédé a accepté librement de devenir suppôt de Satan, il mérite donc la peine de mort.
> INFESTATION : contamination de toute une région par le démon (individus, bétail, végétation, maisons).

Dans les traités de psychiatrie, on répertorie différents signes de la possession :
> Transformation du corps, conviction du sujet d'être transformé en animal (lycanthropie)
> Alternance de calme trop profond et de périodes de violence extrême et incontrôlable avec force décuplée.
> Possibilités mentales extraordinaires (parler des langues inconnues, lire les yeux fermés = seconde vue...)
> Transes profondes de type hypnotiques avec changement de personnalité
> Anesthésie (certaines parties du corps échappent à la douleur).

Très forte composante sexuelle de la possession : quand des femmes avouent (sous la torture) être possédées, elles parlent d'avoir été possédées sexuellement par des INCUBES (démons mâles). Démons femelles : SUCCUBES qui s'attaquent aux hommes.

La délation anonyme suffit pour accuser un sujet de possession.
Pour obtenir l'aveu, on utilise la torture "ordinaire" et la question "extraordinaire". Le sujet avoue quand il n'en peut plus d'être torturé. L'aveu est nécessaire pour obtenir une condamnation. La peine est la peine de mort, les sorciers et sorcières sont brûlés. La plupart des accusés sont des femmes (misogynie et peur des femmes sont répandues).

On accuse les sorciers de participer à des messes noires (Sabbat des sorciers), de s'envoler sur leur balai dans des endroits maléfiques pour y effectuer des orgies très perverses. On les accuse d'envoyer des mauvais sort par la pensée, le toucher, le regard...
Des milliers de personnes sont brûlées en Europe.

La plupart des médecins ne soignent pas les "maladies diaboliques", mais certains se rendent bien compte que les sorciers ne sont que des gens anormaux, bizarres, et mettent en doute les accusations. Néanmoins, ils ont peur de contester les croyances car la sorcellerie est un crime d'état (ceux qui contestent peuvent être mis à mort).

Un mouvement de contestation commence, mené par un médecin flamand, Jean Wier, qui écrit un livre en 1566. Il ne prétend pas que le diable n'existe pas (il aurait été accusé d'athéisme) mais considère que les femmes accusées ne sont que des femmes mélancoliques : maladie où elles se croient être proie du démon (idées sombres, de punition, de damnation). Il dit qu'il serait injuste de torturer ces femmes car elles avoueraient des crimes qu'elles n'ont pas commis. Wier pense que le diable n'y est pour rien donc propose de soigner ces personnes au lieu de les punir : purge, jeûne, sommeil (vider l'organisme des humeurs morbides qui sont à l'origine de ce délire).
Wier ose affirmer que l'état, la justice, l'église se trompent. Il est protégé par la noblesse des Flandres donc n'est pas mis à mort. Sa thèse est révolutionnaire.
La thérapie proposée est cependant très pauvre.

L'ouvrage de Wier n'est pas reçu avec toutes les faveurs, il est condamné par Jean Bodin en 1580, qui pense qu'il existe des maladies mentales ordinaires mais qu'il y a des cas où le sujet semble malade mais est possédé. Bodin invite à poursuivre la lutte contre les sorciers.

Aujourd'hui

La notion de tentation va devenir une figure littéraire : désigne un sentiment de désir devant un objet fascinant, attirant.
La suggestion  devient un terme important en psychologie (ex : hypnose). On parle de psychothérapie suggestive.
Le terme d'obsession devient un terme psychiatrique : trouble psychique où le sujet est en proie à un sentiment dont il a l'impression qu'il est étranger.
La possession : différentes formes, selon la société. Le sujet peut être tantôt possédé par un esprit malfaisant, tantôt par un esprit bienfaisant.

On pense que ces phénomènes s'inscrivent dans deux logiques différentes :
> LOGIQUE SOCIOCULTURELLE : cadre socioculturel. Si la possession est mal vue dans une société, le sujet vit mal sa possession, se voit accablé. Si la possession est bien vue dans une société, le sujet est heureux d'être possédé, il peut devenir un prêtre, respecté par ses concitoyens, magicien...
> LOGIQUE BIOGRAPHIQUE SINGULIÈRE : la culture n'influence pas tous les individus de la même façon, les sujets parlent de leur possession pour exprimer leur propre drame personnel.