Evolution historique du concept

Le mot psychose est un terme récent d'origine allemande, qui apparaît pour remplacer des termes moins scientifiques.

Au Moyen-Age, le fou est celui qui est dépourvu d'esprit (un ballon rempli d'air). Le terme « folie » est chargé péjorativement au niveau moral : il signifie la démesure, l'excès, l'absence de raisonnement. Même les médecins parlent de folie avec un jugement moral négatif.

Philippe Pinel propose, au début du XIXe siècle, de ne plus parler de folie pour éviter le jugement négatif et remplace ce terme par « aliénation mentale » (personne étrangère à elle-même). La connotation négative reste cependant.

Falret, disciple de Pinel, propose un terme moins lourd, moins dramatique, la « maladie mentale ». Son but est de faire entrer le malade mental dans la même catégorie que tous les autres malades. Ce terme n'a pas de succès car trop vaste, trop global : il désigne les maladies mentales les plus sévères par « maladies mentales » et ne fait donc pas de distinction de gravité.

Au XXe siècle, on introduit le terme de psychose, et on l'oppose au terme de névrose.

 


Critères, symptômes de la psychose

Jacques Postel propose cinq critères spécifiques de la psychose, qui ne se retrouvent ni dans la névrose, ni dans la perversion :

La gravité des troubles : Les difficultés créées par la maladie sont telles qu'elles conduisent à un handicap juridique et social. Il est impossible au malade de poursuivre un parcours de vie normal, autonome.

 

 L'absence de conscience de la morbidité des troubles : L'individu ne croit pas être victime d'une maladie, ne se rend pas compte de ce qu'il est en train de vivre et ne croit pas en la nécessité de suivre un traitement. Il croit en ses délires comme à la vérité, ne comprend pas la limite entre la fiction produite par son esprit et la vérité. Il se croit parfaitement sain d'esprit, d'où la difficulté extrême d'entreprendre une psychothérapie, car ceci repose sur le dialogue (le patient demande et le thérapeute offre). On ne peut qu'imposer les soins au psychotique, il n'y a pas de possibilité de relation de confiance et de consentement mutuel entre le thérapeute et le psychotique, qui refuse tout traitement.

 

L'étrangeté des troubles (critère social) : Le regard de l'entourage est un regard d'étrangeté, de mystère. Autour de l'individu, les personnes sont incompréhensives. On a des difficultés à dialoguer avec lui, il ne s'intéresse pas à ce que les autres peuvent penser de lui.

 

L'incommunicabilité : Communication uniquement pratique (« Passe-moi le sel »). Le psychotique fuit tout contact, s'enferme dans son silence. Il parle avec des néologismes psychotiques (expressions inventées ou modifiées qui n'ont de sens que pour lui).

 

Le repli sur soi : Le psychotique se met en position autiste, en rupture avec le réel. Il vit dans un autre monde psychique.

 

Selon Lasègue : « En général, le malade psychotique ne cherche pas à convaincre son entourage de la vérité de son délire, il ne s'intéresse pas à autrui, il se suffit à lui-même. »

 


D'où vient la psychose ?

Il y a quatre théories, modèles étiologiques sur l'origine de la psychose.

 

L'organogénèse : Modèle qui a eu très longtemps la préférence du corps médical. La psychose est considérée comme une maladie du cerveau, organique, somatique. Elle peut être d'origine traumatique, toxique (alcool), virale, génétique, neurochimique (troubles du fonctionnement chimique du cerveau)… Le traitement doit donc être purement médicamenteux.

 

 La psychogénèse : Une ou des causes de la psychose sont psychologiques, liées à l'histoire de l'individu.

 

La sociogénèse : La maladie mentale n'existe que chez des personnes vivant dans une société, dans une famille. Il faut se demander, dans le cas d'un psychotique, quel rôle a joué la famille pour que le sujet devienne psychotique.

Selon l'école d'anti-psychiatrie (Laing), le malade ne fait qu'exprimer le trouble d'une famille entière. Il est le bouc émissaire de la famille.

 

Multifactorialité étiologique : La psychose est le résultat de l'interaction entre différents facteurs.

 


Quelques formes de psychoses

La psychose maniaco-dépressive
Depuis l'antiquité, on a décrit une situation où des sujets vivent des épisodes exubérants, enthousiastes, mégalomanes, très agités (manie), suivis d'épisodes de dégoût de l'existence, de soi-même, de désir de suicide (dépression)...
Au début du XXème siècle, on définit la psychose maniaco-dépressive par la coexistence et l'alternance d'états d'excitation et de dépression. Durée des phases : 2 à 3 semaines.

La schizophrénie
Psychose grave qui survient chez l'individu jeune. Le sujet souffre d'une dissociation mentale, d'une activité délirante. Selon Minkowski, il ne faut pas chercher la cause de la maladie mais la comprendre. Derrière tout symptôme, l'expression d'une modification est caractéristique de toute la personnalité. C'est le rationalisme morbide.
Le schizophrène vit dans un autre temps, qui s'écoule différemment ou qui s'est arrêté.

La paranoïa
Psychose chronique, caractérisée par un délire bien construit et systématisé, accompagné par des troubles du jugement et de la perception, sans détérioration intellectuelle.
La forme classique de paranoïa est le délire de persécution, repéré par Lasègue vers 1850. Le sujet se croit surveillé, espionné, victime de vol, de tentatives d'empoisonnement... et vit dans un monde d'ennemis : entourage, voisins, personnages imaginaires, facteur, banquier...
Ce délire ne disparaît jamais, et le sujet s'enferme dans une construction où il croit être de plus en plus persécuté.
Il y a deux sortes de délires de persécution :
   - Le délire passif : fuite des ennemis (déménagements)
   - Le délire actif : le persécuteur persécuté (barricades, armes, parfois meurtres...)

L'autisme
Le sujet refuse tout contact, reste dans son monde intérieur.


Comment soigner les psychoses ?


- Thérapies médicamenteuses (progrès de la psychopharmacologie)
- Psychothérapie (difficile car le psychotique n'est pas à la recherche d'une écoute)
- Hypnose (dangereuse car peut exacerber l'état du psychotique).